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« Je voudrais que mes photographies tapissent de longs couloirs étroits, pour obliger le spectateur a s’y immerger » dit Jean-François Rauzier, l’inventeur des hyperphotos.

Déjà, en grand format, elles donnent le vertige. Et quand l’artiste annonce que leur résolution est de 3 milliards de pixels, on est vraiment sidéré ! Lissent et ultranettes, ces images nous offrent des yeux de lynx. Elles rendent palpables le moindre caillou, le plus petit insecte, un minuscule brin d’herbe. Elles permettent, par exemple, de voir à la fois en panoramique et l’étendue d’un paysage désertique, et, sans loupe, chaque grain de sable qui le compose. Les hyperphotos abordent les rivages de la science-fiction. À l’heure de Google Earth et du SIs, le plus grand microscope du monde, elles préfigurent un nouvel espace temps, annonçant les noces de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. De quoi en perdre sa logique euclidienne. « Ma quête première, précise Jean-François Rauzier, est d’essayer d’atteindre la vision absolue. Tout voir, plus loin, plus près, plus nette, avant, pendant, après. », tel un illusionniste, l’artiste, personnage récurrent des scénarios qu il élabore, distord volontiers la réalité afin de la mettre au diapason de ses rêves. Sa pratique empreinte autant au CinémaScope qu’est la minutie maniaque d’un Bruegel. Mais ses outils appartiennent au XXIe siècle. Sa méthode ? Quadriller un lieu qui l’inspire en le photographiant sous tous les angles : « que je fasse 1000 clichés avec un Nikon ou un Hasselblad, le fichier final est le même », explique cet ex-élève de l’école Louis Lumière, qui utilise Photoshop comme un peintre. Il passe alors des centaines d’heures à rassembler, détourer, retoucher des images collectées et à introduire dans ses compositions des éléments insolites afin de créer un univers proprement stupéfiant. Lorsque fasciné, Karen Boyer, son agent américain, l’interrogea sur le pourquoi et le comment de son obsession du détail, ce chasseur d’ombre lui répondit : « le film d’Antonioni« blow up », dans lequel un photographe saisit un meurtre sans le savoir, a été pour moi un véritable déclic. ». Révéler l’invisible, et même plus, tel est le pouvoirs inédit des hyperphotos.

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