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Cités idéales,  utopies architecturales.

Quand les cieux évoquent ceux de la Renaissance, que les constructions terrestres ne s’apparentent à rien de connu, hormis « l’inquiétante étrangeté » freudienne, vous êtes devant une oeuvre de Rauzier. Comme un peintre sur la toile, l’artiste construit ses images sur écran, par assemblage de milliers de clichés. Ainsi une ville peut naître de la réunion de plusieurs (Sarcelles, Clichy, Toulouse, Puteaux…) pour former une « Cité idéale », ou être constituée d’une seule villa, « Babylone Blanche », multipliée jusqu’à saturation de l’espace dans une organisation perspective courbe. Ce que propose Rauzier n’est rien de moins qu’un nouvel espace-temps, une révolution similaire à celle du XIIIe siècle  lorsque Giotto invente le décor tiré du réel, un nouveau dispositif spatial que la Renaissance perfectionnera. Par la distorsion de l’image associée à un style hyperréaliste, Jean-François Rauzier entretient l’ambiguïté réel-imaginaire. Les hommages picturaux, littéraires, cinématographiques sont foison dans ces nouvelles utopies architecturales qui suscitent l’émotion, la curiosité, un sentiment de perte des repères, de suspension du temps. Fasciné par « l’avant de l’invention de la perspective », Jean-François Rauzier réalise le rêve de tout architecte bâtisseur : créer une ville, née ex nihilo, à laquelle il imprime un style unique, celui de l’époque de sa fondation, sans aucune trace d’aucun passé.
Atix Saint-Martin
Outremondes, Jean-François Rauzier, jusqu’au 5 septembre. MA 30 Espace Landowski, 28 avenue André-Morizet à Boulogne-Billancourt. www.boutognebittancourt.com et www.annees30.com

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