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Depuis 30 ans, Jean-François Rauzier poursuit  une quête personnelle inépuisable autour du détail révélé, portant un regard insolite sur des paysages urbains ou sauvages.

Amoureux du détail, alchimiste dans l’âme, il métamorphose des matériaux banals, des objets bruts en poèmes visuels d’une profonde intensité. D’un clou rouillé, il fait de l’or, d’un mur calciné un désert de sable, d’une langue de bitume, une peau de requin.

Dès 1986, Jean-François Rauzier entame un parcours initiatique, arpentant les trottoirs de Paris et les friches industrielles de la banlieue, à la tombée du jour, à la recherche des stigmates de la ville. Ce voyage nocturne l’entraîne à la rencontre de minuscules silhouettes fantomatiques croisées sur un mur dégradé par le temps, de traces fossiles dénichées dans l’asphalte… Dans la lumière éphémère de la nuit, le photographe transforme un morceau de béton en océan, un trottoir détrempé en une myriade d’étoiles. Il expose “Le corps d’une ville” à Paris, Neuilly et Clermont-Ferrand.

En 1992, il s’immerge plus profondément encore dans ” l’âme ” de la matière, y traçant des signes au fusain, à la craie, marques tangibles de son exploration impulsive. Par la lumière d’un réverbère, d’une lampe de poche ou d’un filtre, il transfigure l’objet, abolissant tout relief, toute perspective. Chaque image devient un microcosme.

Avec le temps, cette introspection personnelle s’assagit. Il s’évade vers des rivages plus éthérés, plus sereins, entre ciel et eau, et signe ses photos de poèmes personnels.

Aujourd’hui, Jean-François Rauzier a changé d’échelle, basculant dans une autre dimension de l’imaginaire. Elargissant sa quête, il s’enivre de champs, d’horizons infinis et invente un nouveau monde, empli de poésie, dans lequel il dissimule de multiples détails infimes que seule révélera une lecture attentive.

Son approche? Saisir au téléobjectif plusieurs centaines de détails, les juxtaposer puis reconstituer en une photographie, monumentale et extraordinairement précise, un panorama que l’œil ne pourra jamais embrasser dans sa totalité.

De sa Normandie natale, il a conservé le goût des cieux gris et tourmentés, des lumières rasantes, irréelles.

Sans vie, hors du temps, ses paysages bucoliques et dépouillés, d’où émerge un arbre solitaire, ne livrent rien au premier regard. Seule la perspective d’une route ou d’un chemin détermine la frontière entre la nature et l’humain.

Dans cet univers surréaliste, mystérieusement déserté et parfois inquiétant, les fauteuils dérivent sur l’eau avant de sombrer, des centaines de cadres vides sont exposés dans la forêt, des baigneurs en celluloïd gisent abandonnés dans la terre meuble d’un chemin, d’éphémères ballons s’échappent des montants rouillés d’une grille en plein champ. Tout est départ, évasion, disparition, fuite et abandon, absence, traces, empreintes et souvenir… Pourtant la vie est là, présente. Une araignée dans les fougères d’un sous-bois, un petit rat interrogateur, un chat au bout du chemin, un oiseau en cage habitent soudain l’image. Rencontre magique de l’ infiniment  petit, du cosmos et de la poésie.

Marie-pascale rauzier

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