Les Belles Endormies

Yorgos_Archimandritis

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Celui ou celle qui plonge dans le sommeil et les rêves retourne à l’état d’innocence et inspire un respect sacré. Comme l’enfant. Comme la mort. » JFR

Les « Belles Endormies » de JFR ont comme point de départ le thème du sommeil, considéré comme une porte au mystère, au rêve et au lyrisme. Cette série d’oeuvres où résident, de façon tout à fait inconscient, l’amour de Séléné pour Endymion endormi, l’univers baroque de Balthus et la sensualité de Kawabata, aspire à créer une dimension parallèle où imagination et fantasme l’emportent sur la réalité « objective ». Le personnage masculin qui se trouve à l’origine de cette rêverie visuelle, contemple, du seuil de sa propre nuit, la jeune beauté endormie, comme l’expression de l’absolu perdu et retrouvé.

L’oeuvre de JFR tâche  de rĂ©soudre, dans le champ  du symbolique, des contradictions qui, dans le champ du rĂ©el, seraient sans issue : le passĂ© et le prĂ©sent, le mĂŞme et l’autre, la prĂ©sence et l’absence, l’être et le non-ĂŞtre, la parentĂ© mystĂ©rieuse entre l’amour et la mort. C’est lĂ  oĂą son Ĺ“uvre nous rĂ©vĂ©le toute sa profondeur, sa complexitĂ© et son eternelle quĂŞte d’un idĂ©al Ă  atteindre, d’un ailleurs, d’une utopie. Car pour l’artiste le rĂŞve est le vrai visage de l’évasion. Et qui dit « Ă©vasion » dit « rĂ©alitĂ©s » : celles que l’on s’efforce de fuir, celles que l’on recherche. Mais, le beau idĂ©al qu’il arrive Ă  crĂ©er s’avère implacable pour ses Ă©lus puisqu’ils ne pourraient jamais l’atteindre. Dans la rĂ©alitĂ© palpable, il y aura toujours, entre eux et l’objet de leur dĂ©sir, une distance qui les condamne Ă  la contemplation et Ă  la solitude. Le fantasme peut devenir rĂ©alitĂ© seulement Ă  travers la crĂ©ation artistique.

Pour JF Rauzier, l’art est justement le lieu de rencontre entre la rĂ©alitĂ© palpable et le dĂ©sir chimĂ©rique de l’homme. Les deux mondes se mĂŞlent et ne se distinguent plus : la camĂ©ra  de l’artiste photographie des personnes rĂ©els pour les transformer ensuite en personnages qui habitent un monde inventĂ©, ou plutĂ´t rĂ©inventĂ©. Au moyen des techniques de l’hyper-photo, ses mondes fictifs sont vĂ©cus comme rĂ©els. Magicien, illusioniste, prestidigitateur, il crĂ©e des illusions oĂą transparaĂ®t l’intimitĂ© de l’artiste et de son modèle, mais aussi la distance qui les sĂ©pare, le dĂ©sir de la beautĂ© et, en mĂŞme temps, son caractère inaccessible et pour cela intellectualisĂ©, intĂ©riorisĂ©, idĂ©alisĂ©.

Cher JFR la création des illusions photographiques n’est pas un moyen de fuir la réalité de la vie. L’Ailleurs qu’il recherche à travers ses Belles Endormies, ses Babels ou ses Cités Idéales ne se définit pas par rapport aux limites, par ailleurs estompées de la réalité et du rêve, de l’éveil et du sommeil, de la vie et de la mort. C’est la quête d’un homme face à la complexité incommensurable de l’âme, une quête sombre mais toujours triomphante parce qu’humaine.

Yorgos Archimandritis

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